Calculer l'IMC d'un enfant est facile. L'interpréter l'est beaucoup moins : le chiffre qui rassure chez un adulte n'a aucun sens tel quel chez un enfant de 8 ans. Cet article explique pourquoi, comment lire les courbes du carnet de santé et quand en parler avec un professionnel.
Pourquoi l'IMC d'un enfant se lit autrement
La formule est la même que pour l'adulte : poids (kg) divisé par la taille (m) au carré. C'est l'interprétation qui change, pour une raison simple : un enfant grandit. Sa corpulence varie naturellement avec l'âge et diffère entre filles et garçons.
Chez le nourrisson, l'IMC augmente fortement pendant la première année, puis diminue jusqu'à environ 5 à 6 ans, avant de remonter progressivement jusqu'à l'âge adulte. Cette remontée de la courbe s'appelle le rebond d'adiposité. Un rebond qui survient tôt est un élément que les professionnels de santé surveillent, car il est associé à un risque plus élevé de surpoids plus tard.
Résultat : un IMC de 17 peut être tout à fait normal chez un adolescent et élevé chez un enfant de 5 ans. Les seuils des adultes (25 et 30) ne s'appliquent donc pas avant 18 ans. Pour l'adulte, voir notre article Calculer son IMC : interprétation, limites et alternatives.
Les courbes de corpulence du carnet de santé
Le carnet de santé de l'enfant contient des courbes de croissance : taille, poids et corpulence (IMC en fonction de l'âge), séparées pour les filles et les garçons. À chaque consultation de suivi, le médecin y reporte les mesures de l'enfant.
L'intérêt de ces courbes est de montrer une trajectoire et non un chiffre isolé. Deux éléments comptent :
- La position de l'enfant par rapport aux courbes de référence.
- La régularité de la courbe : un enfant qui suit globalement la même ligne grandit de façon harmonieuse. Un changement net de couloir, vers le haut ou vers le bas, est ce qui mérite d'être signalé.
Pour que le suivi soit utile, les mesures doivent être régulières et prises dans de bonnes conditions. N'hésitez pas à demander au médecin de reporter les valeurs sur la courbe et de vous les expliquer.
Percentiles, seuils IOTF et repères OMS
Les courbes de référence reposent sur des percentiles. Un percentile situe l'enfant par rapport à un grand nombre d'enfants du même âge et du même sexe : au 50e percentile, la moitié des enfants ont un IMC plus bas, l'autre moitié plus élevé. Un enfant peut tout à fait être à un percentile bas ou élevé sans que ce soit un problème en soi : ce qui compte, c'est la trajectoire.
Pour définir le surpoids et l'obésité de l'enfant, deux systèmes de référence reviennent souvent :
| Référence | Principe |
|---|---|
| IOTF (International Obesity Task Force) | Courbes qui prolongent les seuils adultes : à chaque âge, le seuil de surpoids est la valeur qui atteindrait un IMC de 25 à 18 ans, et le seuil d'obésité celle qui atteindrait 30. Ces courbes figurent dans les carnets de santé français. |
| OMS | Références de croissance qui expriment l'IMC en écarts-types par rapport à la moyenne (les « z-scores »). Pour les 5 à 19 ans, on parle de surpoids au-delà de +1 écart-type et d'obésité au-delà de +2 écarts-types. |
Ces deux systèmes ne donnent pas exactement les mêmes résultats pour un enfant donné, d'où l'importance de s'en tenir à la référence utilisée par le médecin. Pour les moins de 5 ans, l'OMS utilise d'autres seuils, plus élevés.
Notre calculateur d'IMC enfant donne un repère indicatif selon l'âge et le sexe. Il ne remplace ni la courbe du carnet de santé ni l'avis d'un professionnel.
Le rôle du médecin
Une courbe n'est pas un verdict. Le médecin qui suit votre enfant (médecin traitant, pédiatre, médecin de PMI ou médecin scolaire) interprète l'IMC avec d'autres éléments :
- la croissance en taille (un enfant qui grandit vite peut voir sa courbe évoluer) ;
- le stade de la puberté ;
- les antécédents familiaux ;
- le mode de vie : alimentation, activité, sommeil, écrans ;
- l'évolution de la courbe dans le temps.
Si un suivi est utile, il propose un accompagnement adapté à l'enfant et à la famille. Les recommandations de prise en charge de l'enfant en surpoids ou obèse insistent sur une approche bienveillante, sur le long terme, sans stigmatisation ni régime restrictif.
Les bonnes habitudes au quotidien
Que l'IMC de votre enfant soit élevé ou non, les repères de santé publique (PNNS, mangerbouger.fr, OMS) sont les mêmes et profitent à toute la famille :
- Bouger tous les jours : l'OMS recommande en moyenne au moins 60 minutes par jour d'activité physique d'intensité modérée à soutenue pour les enfants et adolescents de 5 à 17 ans. Cela comprend jeux dehors, trajets à pied ou à vélo, sport. Une balade en famille compte aussi, et certaines applications peuvent motiver à marcher davantage, comme WeWard.
- Limiter la sédentarité et les écrans : couper régulièrement les temps assis prolongés, éviter les écrans le soir et pendant les repas.
- Manger varié : des fruits et des légumes à chaque repas, des féculents, des produits laitiers, des protéines. Limitez les boissons sucrées et les produits très gras, très sucrés ou très salés. Pas d'interdits absolus : mieux vaut les occasions que la routine.
- Prendre des repas à heures régulières, à table et si possible en famille, sans pression ni récompense alimentaire.
- Dormir assez : un manque de sommeil chronique est associé à un risque plus élevé de prise de poids chez l'enfant. Les besoins varient selon l'âge, de l'ordre de 9 à 12 heures par nuit pour un enfant d'âge scolaire. Voir aussi notre guide du sommeil.
Évitez de commenter le poids ou le corps de votre enfant. Parlez plutôt de santé, d'énergie, de plaisir de bouger. Les remarques négatives peuvent fragiliser l'estime de soi et le rapport à l'alimentation.
Quand consulter
Parlez-en au médecin dans ces situations :
- la courbe de corpulence de l'enfant dépasse les seuils de surpoids ou d'obésité du carnet de santé ;
- elle change nettement de couloir sur quelques mois, à la hausse comme à la baisse ;
- l'enfant est très maigre, mange très peu, ou perd du poids sans raison ;
- il est essoufflé à l'effort, très fatigué, ou évite toute activité physique ;
- il se plaint de son corps, saute des repas ou semble avoir un rapport difficile à l'alimentation ;
- vous avez simplement un doute : une consultation de suivi est le bon moment pour poser vos questions.
Pour être accompagné, commencez par le médecin traitant ou le pédiatre, qui pourra vous orienter si nécessaire. Le médecin scolaire et la PMI (pour les plus jeunes) peuvent aussi vous répondre.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser le tableau d'IMC des adultes pour un enfant ?
Non. Les seuils de l'adulte (25 pour le surpoids, 30 pour l'obésité) ne s'appliquent pas aux moins de 18 ans. Chez l'enfant, l'IMC évolue naturellement avec l'âge et diffère entre filles et garçons : on le compare à des courbes de référence, comme celles du carnet de santé.
Où trouver la courbe de corpulence de mon enfant ?
Les courbes de corpulence (IMC en fonction de l'âge) figurent dans le carnet de santé, avec les courbes de taille et de poids. Le médecin y reporte l'IMC de l'enfant à chaque consultation de suivi, ce qui permet de voir comment il évolue dans le temps.
Qu'est-ce qu'un percentile ?
Un percentile situe un enfant par rapport à un grand nombre d'enfants du même âge et du même sexe. Être au 50e percentile signifie que la moitié des enfants ont un IMC inférieur et l'autre moitié supérieur. Un percentile n'est pas une note : la trajectoire de la courbe compte autant que la valeur.
Mon enfant est au-dessus de la courbe de surpoids : est-ce grave ?
Ce n'est pas un diagnostic à poser soi-même. Un IMC au-dessus du seuil de surpoids justifie d'en parler avec le médecin traitant ou le pédiatre, qui regardera la courbe dans son ensemble, la croissance en taille, l'histoire familiale et le mode de vie. L'objectif est d'accompagner, jamais de culpabiliser l'enfant.
Faut-il mettre un enfant au régime ?
Non, pas de régime restrictif sans avis médical. Un enfant est en pleine croissance et des restrictions peuvent être néfastes. Les recommandations de santé publique privilégient des habitudes de famille : alimentation variée, activité physique quotidienne, moins de sédentarité et un sommeil suffisant.
Sources et références
- • Courbes de croissance du carnet de santé et prise en charge de l'enfant en surpoids : Haute Autorité de Santé (HAS)
- • Références de croissance et recommandations d'activité physique : Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
- • Repères nutritionnels pour les enfants : mangerbouger.fr